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On Good Friday, a team of altar boys—equipped with horns, rattles, clappers, and tablàtte (wooden noisemakers used in place of bells)—roamed the village announcing the evening's event. In the early afternoon, the local band and some of the costumed participants paraded back and forth along Via Roma. The costumes were donned in the local taverns. The twelve soldiers were the first to emerge; they went to collect the fife and drum players, who then followed them in the procession. Next, they gathered the four ungìn who marched at the very rear. Horsemen ventured into the peripheral streets, inviting the faithful to gather at the parish church. There, around 5 p.m., the traditional performance began following the office of the Tnèbre (Tenebrae), organized by the Compagnia dei Luigini (unmarried men). This service, suppressed by Vatican II, consisted of the recitation of Matins and Lauds and culminated in darkness. This was preceded by the progressive extinguishing of candles and followed by the "strepitus"—a loud noise produced by clapping hands and banging objects against the pews to evoke the earthquake described in the Gospel. After the strepitus, the final candle was shown one last time before being extinguished or hidden, representing the light that shines in the darkness and the darkness that has not overcome it. The faithful then left the church. In Limone, this was the setting for the costumed reenactment of the death of Jesus. For the occasion, the church was draped in mourning with black cloths along the walls and black silk covering the ancient stone pillars. The altars were stripped of all ornaments. From the canopy above the high altar hung long, gold-trimmed black drapes in a crown formation. Against the apse wall, a large canvas representing Calvary was placed, or a backdrop featuring the Symbols of the Passion (crown of thorns, nails, hammer, spear, along with a weeping sun and moon). The high altar was hidden by a large stage where a near life-sized Christ on the Cross stood, covered by a purple veil. At the sides were the statues of Our Lady of Sorrows and Saint John. A wooden staircase provided access to the stage from the central nave, where the catafalque was positioned, illuminated by candles and surmounted by a canopy. On April 22, 1946, in his manuscript "Cronaca di Limone 1938-1970," Giovanni Battista Marro wrote: "After the long and sad hiatus of the war, the solemn and evocative Good Friday procession took place again this year—a centuries-old tradition dearly rooted in the hearts of the people of Limone. Numerous faithful (many from neighboring villages) attended the various functions, closely following the different phases of the sacred representation and showing great emotion during the most solemn moments, such as the Deposition of Jesus from the Cross and his slow, delicate transport to the catafalque for burial. The solemn procession wound through the village streets between two dense lines of reverent people and beneath illuminated balconies and windows—a small sign of homage from the locals to the Redeemer. Everyone performed their roles excellently: from the priore to the last official, from Veronica to the Three Marys. Excellent service was provided by the reviving Limone band, as well as the choir and the talented young organist..." Since then, the Good Friday representations were repeated every three years until 1958.
FR
Le Vendredi Saint, une équipe d'enfants de chœur, munis de cornes, de crécelles, de crotales et de tablàtte (claquettes en bois remplaçant les cloches), parcourait le village pour annoncer l'événement du soir. En début d'après-midi, la fanfare et une partie des figurants déambulaient sur la Via Roma. Les costumes étaient revêtus dans les auberges. Les douze soldats sortaient les premiers pour aller chercher le fifre et le tambour, qui les suivaient ensuite dans le cortège. Ils allaient ensuite chercher les quatre ungìn qui fermaient la marche. Des cavaliers s'aventuraient dans les rues périphériques pour inviter les fidèles à se rassembler dans l'église paroissiale. C'est là que, vers 17 heures, débutait la représentation traditionnelle à l'issue de l'office des Tnèbre (Ténèbres), organisé par la Compagnia dei Luigini (hommes célibataires). Cet office, supprimé par le Concile Vatican II, consistait en la récitation des Matines et des Laudes et s'achevait dans l'obscurité. Celle-ci était précédée par l'extinction progressive des chandelles et suivie du « strepitus », un fracas produit en frappant des mains et en heurtant les bancs avec divers objets pour évoquer le tremblement de terre mentionné dans l'Évangile. Après le strepitus, le dernier cierge était montré une ultime fois avant d'être éteint ou caché, symbolisant la lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres n'ont pas arrêtée. Les fidèles quittaient alors l'église. C'est dans ce contexte que s'inscrivait, à Limone, la représentation en costume de la mort de Jésus. Pour l'occasion, l'église était tendue de deuil avec des draperies noires le long des murs et de la soie noire recouvrant les anciens piliers en pierre. Les autels étaient dépouillés de tout ornement. Du baldaquin surmontant le maître-autel pendaient, en couronne, de longs draps noirs bordés d'or. Contre le mur de l'abside, on plaçait une grande toile représentant le Calvaire, ou un fond avec les instruments de la Passion (couronne d'épines, clous, marteau, lance, ainsi que le soleil et la lune éplorés). Le maître-autel disparaissait derrière une vaste estrade sur laquelle trônait le Christ en croix, presque en grandeur nature, recouvert d'un voile violet. Sur les côtés se trouvaient les statues de la Vierge des Douleurs et de Saint Jean. Un escalier en bois permettait d'accéder à l'estrade depuis la nef centrale où était placé le catafalque éclairé par des cierges et surmonté d'un dais. Le 22 avril 1946, dans son manuscrit « Cronaca di Limone 1938-1970 », Giovanni Battista Marro raconte : « Après la longue et triste parenthèse de la guerre, la procession solennelle et suggestive du Vendredi Saint a eu lieu de nouveau cette année, une tradition séculaire si chère et enracinée dans le cœur du peuple de Limone. De très nombreux fidèles (dont beaucoup venus des villages voisins) ont assisté aux différentes fonctions et suivi avec attention les phases de la représentation sacrée, ne manquant pas d'être émus lors des moments les plus poignants, tels que la Descente de la Croix et le transport lent et délicat de Jésus sur le catafalque pour lui donner une sépulture digne. La procession solennelle a défilé dans les rues du village entre deux haies compactes de peuple recueilli et sous les balcons et fenêtres illuminés, petit signe d'hommage des habitants au Rédempteur. Tous ont parfaitement tenu leur rôle : du prieur au dernier employé, de la Véronique aux trois Maries. Excellent service de la part de la fanfare renaissante de Limone, ainsi que du groupe de chanteurs et du jeune et talentueux organiste... » Dès lors, les représentations du Vendredi Saint se sont répétées tous les trois ans jusqu'en 1958.